La transition énergétique au ralenti: Boll, un exemple emblématique des défis à relever

Le village de Boll, dans le canton de Berne, a beaucoup changé ces dernières années. Outre la construction de nombreux bâtiments, son réseau électrique a également été préparé pour la transition énergétique. Dominik Schütz, responsable chez BKW de l’extension du réseau dans la région de Berne, explique pourquoi il a fallu pas moins de 15 ans pour adapter l’infrastructure de Boll aux nouveaux besoins et pourquoi des mesures d’accélération sont urgentes.

La loi dite «Netzexpress» (Accélération de l’extension et de la transformation des réseaux électriques) est décisive pour l’avenir du réseau électrique. Le Conseil fédéral et le Conseil National se sont jusqu’à présent concentrés principalement sur les procédures d’autorisation pour les lignes à très haute tension de Swissgrid (niveau de réseau 1). Une visite à Boll, dans la commune bernoise de Vechigen, montre qu’il est absolument nécessaire de prévoir également des mesures d’accélération pour le réseau de distribution afin de réussir la transformation du système énergétique. Lorsque le Conseil des États examinera ce projet lors de la session d'été 2026, des propositions concrètes seront sur la table à cet effet.

Le nouveau centre du village prêt pour la transition énergétique

Boll a beaucoup changé au cours des 15 dernières années: de nombreux bâtiments ont été construits et sont prêts pour la transition énergétique. Ils disposent de stations de recharge pour véhicules électriques, sont chauffés par des pompes à chaleur et produisent leur propre électricité au moyen d’installations photovoltaïques. Grâce à la collaboration proactive de toutes les parties prenantes, le réseau de distribution a été pris en compte dès la phase de planification et adapté aux nouveaux besoins. Mais cette transformation ne s’est pas faite du jour au lendemain.

L’extension du réseau de distribution à Boll a duré 15 ans

«Aujourd’hui, Boll est presque entièrement prêt pour la transition énergétique», déclare Dominik Schütz. Pendant 15 ans, il a supervisé et accompagné l’extension du réseau dans le village pour le compte de BKW. À l’aide d’une carte de l’infrastructure électrique de Boll, il explique où il a été nécessaire d’installer des lignes pour la distribution d’électricité et des stations transformatrices pour convertir le courant vers d’autres niveaux de tension. Car le réseau doit lui aussi être capable de faire face à des exigences croissantes: il doit non seulement transporter davantage d’électricité, mais également absorber les injections très fluctuantes des installations solaires, ainsi que les nouvelles charges provenant des bornes de recharge pour véhicules électriques et pompes à chaleur. 

Autrefois, le centre du village comptait deux stations transformatrices. C’était suffisant pour les besoins de l’époque. Mais aujourd’hui, beaucoup plus d’électricité est injectée de manière décentralisée dans le réseau, notamment par le biais d’installations solaires. Celle-ci doit ensuite être transformée à une tension plus élevée afin de pouvoir être distribuée au sein de la commune (pour une explication des termes techniques du réseau de distribution, voir l’encadré à la fin de l’article). Avec l’augmentation du nombre d’installations photovoltaïques, le besoin en stations transformatrices augmente également. Aujourd’hui, le centre du village de Boll en compte sept. «Boll est un excellent exemple: grâce à l’implication précoce et à la bonne collaboration de toutes les parties prenantes, l’extension du réseau a pu être coordonnée avec la construction de nouveaux bâtiments.» Avec les conditions-cadres légales et les prescriptions actuelles, ce processus a duré 15 ans.

Des collaborateurs et collaboratrices BKW lors de l’installation d’une nouvelle station transformatrice à Boll (2025)

Dans le contexte de la transition énergétique, 15 ans représentent un délai beaucoup trop long pour mener à bien une telle transformation du réseau de distribution. Si d’autres projets devaient suivre un rythme similaire, il serait impossible d’atteindre des objectifs ambitieux. Mais comment expliquer de tels délais? 

Où la construction de stations transformatrices est-elle possible ou non?

Dominik Schütz nous conduit à la Kernstrasse 2. «La recherche d’emplacements pour les stations transformatrices est toujours un défi, car elle nécessite l’accord des pro-priétaires foncières et fonciers», explique-t-il. Ici, une nouvelle station transformatrice est située exactement à la limite de la zone à bâtir. Elle a permis le raccordement d’un nouveau lotissement équipé d’installations solaires. «Si la propriétaire n’avait pas donné son accord, il aurait été difficile de trouver un emplacement», souligne Dominik Schütz. En effet, même si un bâtiment se dresse déjà en dehors de la zone à bâtir, la station transformatrice n’aurait pas pu y être installée. Il aurait fallu trouver un autre emplacement à l’intérieur de la zone, où les terrains sont rares et souvent déjà construits. Cette recherche est chronophage et entraîne régulièrement des retards dans les projets.

La nouvelle station transformatrice de la Kernstrasse 2 est située exactement à la limite de la zone à bâtir. Derrière, la construction n’aurait pas été possible.
«Il est urgent d'accélérer les procédures dans le réseau de distribution pour pouvoir suivre le rythme de la transition énergétique.»
Dominik Schütz, responsable des projets région Berne

Le Conseil national doit désormais décider si, à l’avenir, les stations transformatrices pourront, dans certaines circonstances, être construites en dehors des zones à bâtir, lorsque l’unique alternative serait une expropriation à l’intérieur de la zone. Dans certains cas, cette disposition pourrait accélérer considérablement l’extension du réseau.
 

Des lignes courtes, de longues procédures d’approbation du projet

Un coup d’œil sur la carte du réseau de distribution de la Kernstrasse 2 révèle une autre raison du retard dans l’extension de ce dernier. Il a fallu étendre à la fois les lignes à basse tension et moyenne tension. Alors que les lignes basse tension (niveau de réseau 7) sont actuellement autorisées a posteriori par l’Inspection fédérale des installations à courant fort (ESTI), les lignes moyenne tension (niveau de réseau 5) nécessitent une approbation préalable du projet, ce qui prolonge la durée de planification d’environ un an.

Carte du réseau dans la Kernstrasse 2: station transformatrice (rose) et lignes électriques à basse tension (bleu, niveau de réseau 7) et moyenne tension (rouge, niveau de réseau 5).

BKW demande que la pratique de l’autorisation a posteriori soit étendue aux lignes à moyenne tension. «Chaque mois, nous avons un grand nombre de projets de ce type dans la zone de desserte de BKW. Il est urgent d’accélérer les procédures pour pouvoir suivre le rythme de la transition énergétique», résume Dominik Schütz. Ce n’est pas la lenteur d’un projet isolé qui est déterminante, mais plutôt l’accumulation de tous les retards dans l’extension du réseau de distribution. Il doit être possible de réaliser beaucoup plus d’infrastructures en moins de temps.
 

Le Parlement a le pouvoir d’accélérer le développement du réseau de distribution

BKW soutient le projet «Netzexpress». Mais les exemples de Boll montrent qu’il est urgent d’accélérer la transformation et l’extension des réseaux de distribution – davantage que ce qui est prévu à ce jour. En effet, il n’est pas toujours possible de disposer d’aussi longues échéances qu’à Boll. Une transition énergétique au ralenti n’est pas une option. Il appartient désormais aux responsables politiques d’agir.

(Cet article a été mis à jour le 28 mai 2026 à l'occasion de la session d'été du Conseil des États.)

Termes techniques du réseau électrique

Le réseau de distribution comprend toutes les installations du réseau électrique dont la tension électrique est inférieure ou égale à 132 kV. Dans le jargon technique, on distingue différents niveaux de réseau: alors que les lignes à haute tension (niveau de réseau 3) servent au transport régional d’électricité sur de longues distances et sont généralement réalisées sous forme de lignes aériennes, les installations à moyenne tension (niveau de réseau 5) et basse tension (niveau de réseau 7) sont habituellement enterrées et se trouvent dans des quartiers résidentiels. Le niveau de réseau 1 correspond aux lignes à très haute tension exploitées par Swissgrid, la société nationale du réseau de transport. Les niveaux de transformation intermédiaires (2, 4, 6) sont nécessaires pour convertir l’électricité entre les niveaux de tension. Des stations transformatrices sont alors requises.

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