Qu’entend-on exactement par le prélèvement d’énergie de réglage?
Swissgrid, l’exploitant du réseau de transport suisse, intervient si nécessaire pour maintenir l’équilibre du réseau électrique au moyen d’un prélèvement d’énergie de réglage. Swissgrid demande alors de l’énergie supplémentaire ou réduit les excédents afin de stabiliser la fréquence du réseau. Comme cet exploitant n’exploite pas ses propres centrales électriques, il achète la flexibilité nécessaire sur le marché de l’énergie de réglage. Il peut y prélever de l’énergie en cas de besoin en contrôlant des centrales électriques ou des postes consommateurs, et en les mettant en service ou en les arrêtant.
Les interventions de Swissgrid sont de plus en plus nécessaires, car la part des énergies renouvelables dans l’offre d’électricité augmente fortement, notamment en raison du développement du photovoltaïque. La production d’électricité décentralisée et dépendante des conditions météorologiques est plus difficile à prévoir, ce qui peut entraîner davantage de fluctuations dans le réseau électrique. Pour compenser ces fluctuations et assurer la stabilité du réseau, nous avons besoin d’installations capables de réagir avec flexibilité. L’énergie de réglage est utilisée pour permettre cette réaction. La stabilité du réseau électrique est mesurée à l’aide de la fréquence du réseau: si elle est supérieure à 50 hertz, c’est qu’il y a trop de courant dans le réseau; si elle est inférieure, c’est que le courant est insuffisant. Les centrales électriques et les postes consommateurs doivent alors réagir en conséquence.
Il existe trois types d’énergie de réglage: réglage primaire, secondaire et tertiaire. La régulation primaire réagit automatiquement en quelques millisecondes, la régulation secondaire en quelques secondes à la suite d’un signal de Swissgrid, tandis que la régulation tertiaire est activée en quelques minutes. L’ensemble du processus est largement automatisé, car il doit se dérouler dans un délai court.
Alors qu’en Suisse, Swissgrid est responsable du prélèvement et de l’appel d’offres pour l’énergie de réglage, en Allemagne, ce rôle est assumé par les quatre gestionnaires de réseau de transport, dont TransnetBW et 50Hertz. Les mécanismes sont comparables, mais la compensation s’effectue dans un marché plus vaste et plus intégré.
On parle souvent d’énergie de réglage positive et négative. Quelle est la différence?
L’énergie de réglage positive signifie qu’une puissance supplémentaire est injectée dans le réseau ou que la consommation est réduite. Un exemple classique est celui d’un groupe électrogène de secours qui est activé pour fournir plus de courant.
En revanche, en cas d’énergie de réglage négative, l’injection est réduite ou la consommation augmente. Par exemple, lorsqu’une centrale hydroélectrique réduit sa puissance ou qu’une pompe à chaleur consomme un peu plus d’électricité. Il existe également des installations qui peuvent faire les deux, comme les centrales de pompage-turbinage. Celles-ci peuvent adapter leur puissance dans les deux sens, jamais simultanément bien sûr, mais de manière flexible en fonction des besoins.
À quelle fréquence l’énergie de réglage est-elle réellement prélevée?
Tout le temps, en réalité. L’énergie de réglage primaire est active en permanence, à quelques exceptions près, car il y a toujours de petites variations de fréquence dans le réseau. Le réglage secondaire est activé en fonction des besoins.
Le réglage tertiaire est utilisé en cas de divergences importantes et l’expérience montre qu’il est activé plusieurs fois par jour. Généralement, les prélèvements oscillent entre zéro et 100 mégawatts. Toutefois, en cas de déséquilibres plus importants, ils peuvent atteindre 300 ou 500 mégawatts. Le prix sera alors plus élevé, car les fortes demandes sont négociées à des prix plus élevés.
«Les interventions de Swissgrid sont de plus en plus nécessaires, car la part des énergies renouvelables dans l’offre d’électricité augmente fortement, notamment en raison du développement du photovoltaïque.»
Quelles installations conviennent particulièrement bien à la mise à disposition d’énergie de réglage?
En principe, toute installation pouvant être commandée de manière flexible. Dans la pratique, plusieurs facteurs entrent en ligne de compte, notamment la disponibilité de l’installation et le coût du raccordement. Les grandes installations sont généralement plus rentables, car les coûts fixes de l’intégration technique sont moins importants par rapport à la taille de l’installation.
L’idéal est de disposer d’installations disponibles 24h/24 et dont l’exploitation n’influence pas les processus industriels complexes. Il s’agit notamment de centrales hydrauliques, d’installations photovoltaïques ou de biomasse, de turbines à vapeur ou de batteries.
Mais les installations industrielles peuvent également participer au marché de l’énergie de réglage. L’intégration de la flexibilité industrielle est particulièrement demandée sur le marché allemand. Il est essentiel que les processus opérationnels et industriels soient soigneusement coordonnés avec les exploitants d’installations. Ainsi, nous nous assurons que la flexibilité est utilisée de manière optimale sans affecter la production ou d’autres processus importants.
Powerflex regroupe des installations flexibles en une centrale virtuelle. Comment cela fonctionne-t-il?
Avec Powerflex, nous permettons également aux petites installations renouvelables à disponibilité variable, telles que les installations photovoltaïques et éoliennes, de participer au marché de l’énergie de réglage. Et ce non seulement en Suisse, mais aussi dans d’autres pays européens comme l’Allemagne. Grâce à notre centrale virtuelle, ces installations sont raccordées en toute sécurité, commandées automatiquement et activées en fonction des besoins, par exemple via un boîtier de commande préconfiguré.
Pour les exploitants, cela signifie des recettes supplémentaires: ils sont rémunérés pour mettre leurs installations à disposition de manière flexible et fournir ou absorber de l’électricité en cas de besoin. En même temps, ils contribuent activement à la stabilité du réseau et à la transition énergétique.
Comment le marché de l’énergie de réglage va-t-il évoluer?
On peut s’attendre à ce que le photovoltaïque continue de se développer dans les années à venir. La stabilisation par le biais de l’énergie de réglage gagne ainsi en importance dans toute l’Europe. Dans le même temps, de nouveaux mécanismes tels que des tarifs dynamiques de l’électricité pourraient venir s’ajouter et avoir un effet stabilisateur sur le réseau.
Mais quel que soit le marché, la flexibilité reste déterminante. C’est la clé pour maintenir la stabilité du système.
Je vois ici un énorme potentiel, tant pour la stabilité du réseau que sur le plan économique. Les entreprises peuvent utiliser leur flexibilité pour réduire leurs coûts ou réaliser des recettes tout en contribuant à la transition énergétique.
Ta conclusion?
La flexibilité est une ressource précieuse. Ceux qui en disposent peuvent non seulement en profiter sur le plan économique, mais aussi contribuer de manière significative à un système énergétique stable et durable, et donc à la transition énergétique.
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