Approvisionnement en énergie en Suisse – risquons-nous une panne générale d’électricité?

L’invasion de l’Ukraine et la rupture politique avec la Russie complexifient actuellement les défis liés à l’approvisionnement en énergie. Les entreprises, les politiciens ainsi que les consommateurs et consommatrices privés se demandent si une panne générale d’électricité pourrait se produire et si nous avons assez de courant pour l’hiver à venir. Quelles sont les solutions possibles pour garantir l’approvisionnement en électricité à long terme? Nous avons convié différents acteurs à la Rythalle de Soleure à l’occasion du Sommet de l’énergie 2022 le mardi 14 juin 2022 pour aborder ces questions centrales.

L’approvisionnement en électricité, le changement climatique et la crise énergétique sont les thématiques du moment. La politique climatique exige un développement rapide des énergies renouvelables. De plus, l’électrification des transports et du parc immobilier conduit à l’augmentation continuelle des besoins en électricité dans le pays. Avec la guerre en Ukraine, il en résulte des prix de l’électricité à la fois en forte augmentation et très volatils, qui exposent notamment les entreprises énergétiques à d’importants défis.

Quelles sont les conséquences des dernières évolutions pour notre approvisionnement en énergie? Les invités issus des milieux économiques et politiques ainsi que le CFO de BKW, Ronald Trächsel, ont justement abordé cette question au Sommet de l’énergie BKW le mardi 14 juin. Près de 300 personnes ont répondu favorablement à l’invitation de BKW. Sonja Hasler, journaliste à la SRF, a animé le débat.

Photo de groupe
Les invités au sommet de l'énergie (d.g.à.d.): Député Daniel Probst, Peter Grünenfelder, Conseillère aux Etats Brigit Wyss, Député au Conseil des Etats Pirmin Bischof, Sonja Hasler et Ronald Trächsel

La libéralisation du marché comme moteur de l’innovation en Suisse

Peter Grünenfelder, directeur du think tank AvenirSuisse, a ouvert l’événement par une allocution dans laquelle il a appelé de ses vœux un bouleversement du système. Bien que les problèmes aient été identifiés, il estime que le manque de responsabilité s’est érigé en système organisé en Suisse. Des mesures concrètes plutôt que des politiques symboliques sont requises. «Pour relever les défis du futur de l’électricité, nous devons nous atteler aux problèmes que nous avons nous-mêmes créés et ne pas sans cesse en rejeter la responsabilité sur autrui. Il nous faut trouver des solutions au combat idéologique qui oppose la protection de la nature au renforcement des capacités.»

M. Grünenfelder estime que la politique des prix constitue le seul moyen de surmonter la crise énergétique et d’encourager l’innovation dans le secteur de l’électricité. Il est convaincu que le marché doit s’autoréguler et que la libéralisation du marché de l’électricité, qui aurait dû avoir lieu il y a longtemps, conduira à l’essor de nouvelles technologies d’avenir. Il faudrait que les conditions-cadres soient plus propices à l’innovation. Pour Peter Grünenfelder, la responsabilité incombe au secteur privé: «Les entreprises connaissent les technologies de demain.»

Peter Grünenfelder
Keynote: Peter Grünenfelder, directeur Avenir Suisse

BKW assume sa part de responsabilité

La problématique de l'approvisionnement en électricité est une question de responsabilité - car Ronald Trächsel, CFO de BKW, en est convaincu : «Les solutions ne peuvent être trouvées de manière efficace et efficiente que si l'on sait clairement qui est responsable de la sécurité de l'approvisionnement. »Les grandes entreprises d'électricité, dont BKW, sont tout à fait prêtes à assumer une partie de leurs responsabilités et à apporter leurs compétences pour trouver des solutions. BKW dispose des sites de production nécessaires pour assurer l'approvisionnement en électricité dans sa zone d'approvisionnement. Mais un nouveau développement des énergies renouvelables (par ex. hydroélectrique) n'est possible que si la politique améliore les conditions-cadres, ajoute Ronald Trächsel.

 

Énergies renouvelables ou plus d’énergies nucléaire?

Mais dans quelles sources d’énergie faut-il investir à l’avenir pour éviter une panne générale? Le développement rapide des énergies renouvelables est-il réaliste? Sonja Hasler, Ronald Trächsel et les invités – la conseillère d’État Brigit Wyss, le conseiller aux États Pirmin Bischof et le conseiller cantonal Daniel Probst – ont discuté de cette thématique sur le podium.

Pirmin Bischof (Le Centre) a estimé que la Suisse avait de la chance dans ce domaine: «Nous sommes de loin le seul pays qui produit pratiquement toute son électricité lui-même.» Rares ont toutefois été les personnes ayant admis par le passé que des pénuries d’électricité hivernales pourraient affecter le pays. Cette dépendance au marché international de l’électricité a tout bonnement été abordée trop tardivement.

Table ronde
Podium (d.g.à.d.): Sonja Hasler (modération) avec Député Daniel Probst, Conseillère aux Etats Brigit Wyss, Député au Conseil des Etats Pirmin Bischof, et Ronald Trächsel

Les intervenants se sont également penchés sur la hausse de la consommation d’électricité due à l’électrification. «Bien que les pompes à chaleur permettent de décarboniser le système énergétique, elles ont besoin de plus d’électricité pour fonctionner. À l’heure actuelle, nous avons prévu de nombreuses mesures qui nécessiteront davantage de courant en hiver alors que c’est justement pendant cette saison que nous avons des lacunes», a déclaré Daniel Probst du PLR avec finesse en guise de résumé.

 

«Bien que les pompes à chaleur permettent de décarboniser le système énergétique, elles ont besoin de plus d’électricité pour fonctionner.»
Daniel Probst

Tous les intervenants ont admis que les énergies renouvelables étaient difficiles à mettre en œuvre à court et à moyen terme bien qu’elles soient sur toutes les lèvres. Le long processus d’approbation des centrales hydrauliques pose des problèmes et le potentiel des installations photovoltaïques ne suffira pas d’ici à 2025 pour compenser la disparition des énergies fossiles. «Nous devons nous débarrasser de la mentalité procédurière qui règne dans ce pays», critique Pirmin Bischof. Ronald Trächsel lui a donné raison. Bien que l’éolien et le photovoltaïque soient compatibles avec le marché, la procédure d’approbation et les chantiers durent trop longtemps.

 

Pirmin Bischof en a profité pour évoquer l’énergie nucléaire: «Par chance, et contrairement à l’Allemagne, nous n’avons pas encore abandonné le nucléaire. Espérons que nous serons capables d’absorber les grosses pannes de courant avec nos quatre centrales nucléaires existantes en Suisse.» L’attitude fondamentale vis-à-vis de l’atome a fort heureusement évolué. Sans le nucléaire, la pénurie d’électricité qui nous menace serait en effet largement plus grave. La conseil d'administration Brigit Wyss des Verts s’est montrée conciliante: «Laisser tourner les centrales nucléaires est un compromis tacite.»

 

Pirmin Bischof
Député au Conseil des Etats Pirmin Bischof

Elle a, en outre, souligné le rôle prépondérant des entreprises: «Je crois que nous sous-estimons la capacité d’innovation dont nous jouissons en Suisse.» La Suisse est en effet un leader mondial en matière d’innovation et elle abrite tant de belles entreprises. Elle exhorte par ailleurs les communes et les cantons à examiner leurs comptes et à encourager les entreprises à investir dans notre pays.

 

La bonne combinaison de mesures peut empêcher la panne générale

L’état des lieux des actions nécessaires établi lors de l’événement montre que les interactions sont complexes et qu’il n’y a pas de réponses simples aux défis actuels. Il est toutefois clair que toutes les approches de solution qui pourraient nous mettre à l’abri de la crise énergétique qui s’annonce exigent la bonne combinaison de conditions-cadres, de compromis entre les différents intérêts en jeu et de la capacité d’innovation de l’industrie et des entreprises d’approvisionnement en énergie suisses.

 

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